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Cyril Tommasone « Obligé de passer en mode compétition »
Vice champion du monde et d’Europe en titre au cheval d’arçon, Cyril Tommasone débarque à Montpellier avec l’ambition de conquérir son premier titre majeur avec l’équipe de France. Ces championnats d’Europe (du 23 au 27 mai) lui permettront également de prendre la température à deux mois du début des Jeux Olympiques.
Cyril, quelles sont vos chances de médaille lors de ces championnats d’Europe ?
Avant de parler de médaille, je me concentre d’abord sur les qualifications. Si on se loupe, il n’y pas de finale. Si je l’atteins, je viserai la première marche, même si elle sera très difficile à atteindre. Le Hongrois Krisztian Berki (champion du monde et d’Europe en titre) est un peu supérieur. Maintenant, j’ai un mouvement en construction qui peut faire augmenter ma note de départ. J’ai les moyens de rivaliser, mais il y a pas mal de risques.
Considérez-vous cette compétition comme une étape de votre préparation aux Jeux Olympiques ?
Oui, mais elle a aussi un goût particulier parce qu’elle se déroule en France. On a envie de faire de belles choses chez nous. Ça ajoute un peu de stress, de pression, car les gens nous attendent. Le public veut voir des podiums. Ça ne va pas être évident, il y a du beau monde en Europe. Heureusement, l’équipe de France commence à avoir de l’expérience, et on est capable de gérer ça. Je sais qu’en vue des Jeux, je serai obligé de passer en mode compétition.
Votre année 2011 a été très concluante. Vous a-t-elle permis de franchir un cap ?
C’est un peu ça. J’ai pris plus d’assurance et j’ai acquis plus d’expérience. Maintenant, chaque compétition est différente. Je les aborde toujours avec la même préparation. Dans ma tête, rien n’a changé. J’ai toujours du stress, même si j’arrive un peu mieux à le gérer. J’ai un peu plus confiance en moi. Les adversaires me calculent peut-être un peu plus, je suis reconnu. Dès qu’on titille les meilleurs, on se fait plus respecter.
Désormais, que pouvez-vous espérer à Londres ?
Je ne pense pas encore aux Jeux, car tout peut arriver d’ici là. Une blessure par exemple. Je penserai vraiment à Londres après les championnats de France début juin. Participer aux Jeux serait pour moi la consécration d’une carrière. Individuellement, je suis assez réaliste. Je me prépare pour le cheval d’arçon, une discipline où les résultats sont assez aléatoires. En gymnastique, c’est très difficile d’être performant dans deux ou trois agrès. Quand on en a un sur lequel on se débrouille bien, on fait tout pour y décrocher une médaille. Sur le concours général, le podium n’est pas jouable. C’est tellement haut… Être dans le Top 10 serait une performance exceptionnelle. Peu de Français y sont déjà arrivés.
Qu'est-ce qui peut faire la différence ?
Au cheval d’arçon, c’est un peu aléatoire. Celui qui réussit son enchaînement au bon moment est généralement sur le podium. C’est un agrès où il y a énormément de chutes. C’est facile de tomber. Tout au long de l’année, on sait qui sont les plus forts, mais le jour J il y a presque toujours des surprises. Il suffit d’une petite erreur pour que la médaille s’échappe…
Qu'elles sont les qualités qui font de vous l'un des meilleurs de votre discipline actuellement ?
C’est un travail depuis tout petit. Comme à la poutre chez les filles. C’est un agrès qui demande de l’équilibre, d’être longiligne, il faut aussi un bon cardio car il n’y a pas d’arrêt pendant 50 secondes, avoir de bons appuis, ne pas tomber. Le mental est la qualité première sur cet agrès, car psychologiquement c’est très difficile. Celui qui se prépare bien dans la tête, qui est vraiment costaud, va réussir. Avec un peu de stress, d’appréhension, de peur, ça nous enlève vite des capacités.
C'est donc la spécialité la plus dure... Pour quelles raisons avez-vous choisi cet agrès ?
Je n’ai pas vraiment été orienté sur cet agrès. J’ai eu des facultés dès tout petit, j’ai des facilités plus que sur les autres agrès. On va dire que c’est naturel, même si c'est bien la discipline la plus dure selon moi !
Une médaille à Londres, ce serait donc la récompense de plusieurs années de sacrifices...
La gymnastique, c’est une passion, mais c’est aussi des sacrifices toute l’année, effectivement. Il y a beaucoup de travail en salle, on est parfois loin de notre famille, et on trouve les récompenses dans les médailles. On se rend alors compte que ces sacrifices valaient le coup, et on ne pense alors qu’à la joie que ce sport procure.
On imagine que vous aurez une pensée pour Thomas Bouhail (opéré 15 fois en six semaines à la jambe, il se bat désormais pour pouvoir remarcher normalement, ndlr)…
On pense à lui au quotidien, ce qui lui est arrivé (fracture du tibia gauche en tombant d’une barre fixe à l’entraînement le 24 décembre dernier, ndlr) peut arriver à n’importe qui. Surtout qu’il pouvait prétendre à l’or olympique. En l’espace de deux secondes, tout s’est écroulé. On a tout cela à l’esprit. À Londres, on aimerait faire des résultats pour tout ce qu’il a fait pour l’équipe de France. Chaque médaille lui reviendra un peu quelque part.
http://www.sportmag.fr/default/index/article/id...%A7on_gymnastique